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L'art

L'art et l'IA

Pourquoi la question de savoir si l’art créé à l’aide de l’intelligence artificielle est de l’art est une non-question.

On en casse du sucre sur le dos des artistes qui utilisent l’IA pour réaliser leurs œuvres.
Et on trouve de tout parmi les critiques: absence de la main, temps record avec lequel ces œuvres sont réalisées, délégation de la réflexion à la machine…
 

La photographie, l’art contemporain et l’art numérique, génératif en particulier, ont déjà essuyé ces plâtres, nous n’y reviendrons pas. Ce que nous pouvons dire, c’est que la machine et l’IA sont des outils de création au même titre que n’importe quels autres: pinceau, râteau, corps ou ventilateur. Ce qui importe, c’est l’intention de l’auteur. Un artiste est une personne qui a besoin de créer, on ne choisit pas d’être artiste, ça vous prend et ça ne vous lâche pas. Libre à lui, à elle, d’utiliser les outils qui l’aideront dans cette tâche. 

Par ailleurs, on ne le dira jamais assez, il n’est pas donné à tous de maîtriser l’art du prompt, cette mise en syntaxe de mots-clés, en attestent les milliards de questions posées sur les forums. Il faut jouir d’une certaine culture visuelle pour trouver les références correspondant le mieux à son idée. Les plus experts reconnaîtront les référents posés là par défaut par la machine, faute d’intention de la part de l’auteur. Et si les résultats obtenus sont bien des opérations algorithmiques sur lesquelles nous n’avons plus la main, reste l’étape suivante, déterminante: le choix de l’image finale, parmi les quatre ou les cinquante que la machine aura produites: c’est là que l’on retrouve « l’œil » de l’artiste, qui va choisir une composition et pas une autre, et son esprit qui va créer l’œuvre à posteriori, en justifier le sens, ou tout mettre à la corbeille avant de recommencer. Cette étape est au cœur du processus artistique.

Et ceux qui, me direz-vous, profitent de la facilité d’un logiciel pour créer des images à la va vite, d’un marché immature pour tenter de percer,
se faire un wallet ? Difficile tâche que de juger si l’auteur se sent ou pas véritablement artiste. Il faudrait lui demander ! Ce qui est sûr, c’est qu’une œuvre n’est jamais seule: il y a son auteur d’un côté et son public de l’autre. Oublions l’auteur puisqu’il accusé de fraude, et pensons à celui qui reçoit l’œuvre et que l’œuvre touche, pour des raisons souvent personnelles et difficilement explicables. Car l’œuvre contemporaine est une œuvre ouverte, libre à toutes les interprétations. Et si l’image me plaît, me touche, j’ai le droit de la qualifier d’œuvre. Si non, j’ai le droit de dire que c’est une croûte.
Il n’existe pas de réponse absolue, mais des amateurs, des passionnés, une voire des histoires, un marché maintenant deux, de l’art. Seul le temps nous dira non pas si l’œuvre était une œuvre mais si l’auteur était un artiste.
S’il ou elle aura continué à créer une fois l’enthousiasme ambiant évaporé.

ELISABETH KAROLYI